UGG s'invite dans le vestiaire d'un couturier facétieux
LIFESTYLE
L'Édito Magazine
Quand l'esprit facétieux de JW Anderson s'empare de la botte la plus décontractée du dressing californien.
Un pelage couleur crème qui déborde d'une tige en caoutchouc, une semelle épaisse plantée dans le bitume comme une évidence tranquille. La botte UGG n'a jamais eu besoin de se justifier. Portée sur les trottoirs de Los Angeles autant que dans les loges des fashion weeks, où on la planque sous un manteau avant d'enfiler les talons, elle appartient à ce genre d'objets qu'on possède sans trop se demander pourquoi. C'est peut-être ce qui rend l'annonce savoureuse : JW Anderson, le designer irlandais qui dirige Loewe et cultive depuis quinze ans sa propre maison comme un laboratoire d'idées obliques, s'associe à la marque californienne pour une collection capsule.
Le duo surprend, et c'est bien ce qui en fait le sel. JW Anderson n'est pas homme à collaborer par calcul ou par opportunisme. Son vestiaire fonctionne depuis toujours sur le déplacement du regard, une manche volontairement trop large, une fermeture qui semble posée au mauvais endroit, une silhouette qui donne l'impression d'être inachevée alors qu'elle ne l'est pas du tout. Poser sa patte sur l'un des objets les plus reconnaissables du dressing casual relève moins du coup marketing que d'un geste presque conceptuel, une manière de dire que le vêtement confortable mérite autant d'attention que la pièce la plus travaillée d'un podium.
UGG, de son côté, traîne une histoire plus riche qu'il n'y paraît. Née dans le sillage des surfeurs australiens des années 1970, la marque a changé plusieurs fois de statut au fil des décennies : objet domestique un peu honteux, icône pop assumée dans les années 2000, puis retour en grâce streetwear récent, portée aussi bien en studio de yoga que sur les plateaux de tournage. Ce passé composite en fait un terrain fertile pour quiconque aime jouer avec les codes plutôt que les respecter.
Ce que promet concrètement la collection capsule reste, à ce stade, assez flou. Les informations relayées évoquent une relecture du vocabulaire UGG à travers le filtre Anderson, la peau de mouton, la tige généreuse, cette allure un peu brute qui a fait le succès de la botte, retravaillées avec l'économie de gestes et l'ironie douce qui caractérisent le travail du créateur. Rien n'a filtré sur les pièces exactes, les coloris retenus ou les prix. La collaboration vient tout juste d'être officialisée, assez récemment pour n'avoir pas encore saturé les réseaux ni les vitrines, et c'est cette fraîcheur qui mérite qu'on s'y attarde avant que l'objet ne devienne, comme souvent, un simple argument marketing décliné à l'infini.
Reste une question, presque tactile : qu'est-ce que ça fait, une botte UGG pensée par un designer qui n'a jamais aimé le confort sans arrière-pensée ? On imagine une peau de mouton qui garde sa douceur animale, mais une tige qui raconte autre chose, un pli, une proportion décalée, le genre de détail qu'on ne remarque qu'au second regard. En attendant d'en toucher la matière, la nouvelle suffit à rappeler que les meilleures collaborations ne cherchent jamais à plaire tout de suite. Elles s'installent, doucement, comme une botte qu'on finit par ne plus vouloir quitter.
Photo : University of Salford / Flickr (CC BY 2.0)