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Art Basel Paris, la foire qui a fermé deux jours trop tôt

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Fermée deux jours avant terme, Art Basel Paris affiche des records de ventes mais laisse son public sur le trottoir.

Art Basel Paris, la foire qui a fermé deux jours trop tôt

Vendredi 23 octobre, 19 heures. Sous la verrière du Grand Palais, les lumières de la nef se sont éteintes sur 211 stands encore accrochés, deux jours avant la date prévue. Pour sa cinquième édition, la première orchestrée par Karim Crippa, Art Basel Paris s'est arrêtée net, au milieu de sa propre phrase.

La décision est tombée la veille, le jeudi 22 octobre : les journées publiques du samedi et du dimanche sont annulées. En cause, les manifestations annoncées dans la capitale pour le week-end, après les violences du 17 octobre. Le Grand Palais, monument exposé s'il en est, ne voulait pas devenir le décor d'éventuels débordements. Il n'était d'ailleurs pas seul à baisser le rideau : le Louvre, le musée d'Orsay, le musée Picasso et l'Orangerie sont restés fermés le samedi 24, et la Fondation Louis Vuitton a, elle aussi, pris des mesures de précaution.

Le paradoxe, c'est que la foire n'avait jamais semblé aussi vivante. Les collectionneurs internationaux sont venus en nombre dès les journées professionnelles, comme si le climat social n'avait rien changé à leurs agendas. Les ventes ont suivi : un tableau de Georg Baselitz serait parti pour 10 millions de dollars, une « Chaise » de Jean Dubuffet pour plus de 5 millions. Des chiffres qui confirment ce que l'on pressent depuis 2022 : Paris est redevenue l'une des capitales du marché de l'art, et Art Basel en est la vitrine.

Mais une foire ne se résume pas à ses records. Ce qui s'est perdu ce week-end, c'est son autre public. Celui qui ne signe pas de chèque à sept chiffres, qui vient regarder, comparer, revenir. La galeriste Nathalie Obadia le rappelle : le dimanche, ce sont les amateurs des régions, de Belgique ou d'Allemagne qui font le voyage. L'an dernier, plus de 73 000 visiteurs avaient franchi les portes du Grand Palais. Cette année, une partie d'entre eux est restée sur le trottoir. Pour les galeries, dont certaines ont engagé plus de 100 000 euros dans leur stand, l'addition reste difficile à chiffrer.

Pour ceux qui avaient pris un billet pour samedi ou dimanche (entre 30 et 47 euros), les organisateurs ont annoncé qu'ils contacteraient directement chaque acheteur.

Reste ce que la ville a offert autour de la foire, et qui a continué de vivre hors de la nef : les trois bronzes monumentaux de Tracey Emin posés sur le parvis du Trocadéro, l'exposition d'Alice Diop avec Miu Miu au palais d'Iéna, ou encore les quarante écrans de « Küba », l'installation vidéo de Kutluğ Ataman, aux Beaux-Arts de Paris.

Cette édition écourtée laisse une drôle d'impression : celle d'une fête réussie dont on aurait éteint la musique avant minuit. Le marché, lui, a eu ce qu'il était venu chercher. Le public, beaucoup moins. Rendez-vous en octobre prochain, en espérant que la foire puisse, cette fois, aller jusqu'au bout de son week-end.

Photo : Mathieu Improvisato / Unsplash

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