Le vert d'Harrods s'apprête à recevoir le rouge de Jonathan Anderson
MODE
L'Édito Magazine
Harrods troque son vert signature pour le rouge Dior et révèle la première Croisière de Jonathan Anderson.
Le fond est vert, un vert profond, presque minéral, du genre qu'on associe à une certaine idée du commerce de luxe britannique depuis plus d'un siècle. Au premier plan, une grappe de fleurs grenat repose entre deux mains gantées d'or, contre un tailleur noir strict. La composition a quelque chose d'un vitrail de saison, une promesse de Noël avant l'heure. Ce n'est pas un hasard de calendrier : à partir du 6 novembre, Harrods troque une part de son vert signature contre une autre couleur, plus sombre, plus inattendue. Celle de Dior.
La maison installe un pop-up dans le grand magasin de Knightsbridge pour mettre en scène, pour la première fois, la collection Croisière imaginée par Jonathan Anderson. C'est son premier exercice de ce format depuis sa prise de fonction, et le choix d'Harrods pour la dévoiler au public londonien n'a rien d'anodin : la Croisière, chez Dior, a toujours été pensée comme une parenthèse hors des codes parisiens, un terrain où la maison se permet d'aller chercher ailleurs, dans d'autres géographies, d'autres silhouettes. Confier cette première à un décor de fêtes plutôt qu'à un défilé classique dit déjà quelque chose de la manière dont Anderson envisage son passage chez Dior : moins une démonstration qu'une installation, presque un rendez-vous intime avec le client plutôt qu'avec la presse.
On ne sait pas encore, à l'heure où ces lignes s'écrivent, à quoi ressemblera exactement l'espace. Mais la date, elle, est actée, et elle compte : le 6 novembre précède de plusieurs semaines la cohue des fêtes, offrant une fenêtre assez large pour qui planifie un passage par Londres cet hiver sans vouloir se perdre dans la foule de décembre. Pour les lecteurs qui dessinent déjà leur itinéraire entre Mayfair et Knightsbridge, c'est une information à glisser dans l'agenda avant que la nouvelle ne circule trop largement.
Reste la question du savoir-faire, toujours au cœur de ce que Dior sait raconter mieux que quiconque. Une collection Croisière suppose des matières pensées pour voyager, des drapés qui doivent tenir sous plusieurs lumières, celle d'un podium comme celle, plus froide, d'un comptoir de grand magasin anglais en plein mois de novembre. Anderson, habitué à manier l'ironie et le vêtement comme objet de pensée chez Loewe, hérite ici d'un cahier des charges différent : celui d'une maison dont chaque robe porte le poids d'une histoire de broderies et de petites mains, et dont la Croisière doit rester reconnaissable tout en disant autre chose.
Le pop-up ne durera qu'un temps, comme tous les décors de fête. Reste que cette première scène se jouera non pas sur un podium, mais entre les rayons d'un grand magasin, là où Dior devra d'abord convaincre un client avant de convaincre la presse.
Photo : Dominic's pics / Flickr (CC BY 2.0)