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Tahiti, la même vague photographiée deux fois

CULTURE

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Deux siècles, une même vague : Tahiti se regarde enfin dans les yeux au quai Branly.

Tahiti, la même vague photographiée deux fois

Une plage de sable noir, un rocher fendu par l'écume, une silhouette qui attend la marque du soleil sur l'eau. La photographie a cent soixante ans. Le grain est épais, les gris presque bruns, la lumière capturée en plusieurs minutes de pose par un opérateur venu de métropole pour dresser l'inventaire d'un territoire qu'on découvrait à peine. Sur le mur d'à côté, la même plage, le même rocher, mais en couleur, en une fraction de seconde, prise par un photographe qui a grandi là et qui n'a jamais eu besoin de traverser le monde pour la voir.

C'est ce face-à-face que propose le musée du quai Branly à partir du 29 septembre avec « Voir Tahiti », une exposition qui ne raconte pas la Polynésie, elle la fait dialoguer avec elle-même. D'un côté, les tout premiers clichés de l'île, réalisés entre 1859 et 1870, quand la photographie balbutiante servait encore d'instrument colonial autant que d'outil de curiosité scientifique. De l'autre, des images contemporaines des mêmes sites, prises aujourd'hui, avec le regard de ceux qui habitent ces paysages plutôt que celui de ceux qui les traversaient.

Le geste éditorial est simple et il est rare : superposer deux siècles de gestes photographiques pour poser une question qui dépasse la technique. Qui regarde qui, dans ces images ? Que reste-t-il d'un lieu quand on change à la fois l'appareil, l'œil et l'intention derrière l'objectif ? Le musée du quai Branly a fait le pari qu'un lagon photographié deux fois raconte moins un paysage qu'une histoire du regard.

L'exposition doit sa singularité à un autre choix, plus rare encore dans le calendrier culturel parisien : donner la parole à l'artiste contemporain associé au projet avant même l'ouverture au public, dans un témoignage direct sur sa démarche. Pas de discours institutionnel plaqué sur les images, mais une voix qui explique pourquoi photographier aujourd'hui les mêmes rivages qu'un opérateur du dix-neuvième siècle n'a rien d'un exercice de style. C'est une manière de reprendre la main sur un récit qui, pendant plus d'un siècle, s'est écrit sans la Polynésie elle-même.

Le savoir-faire ici tient autant dans la sélection des tirages anciens, souvent fragiles, parfois presque effacés par le temps, que dans le choix des images contemporaines retenues pour leur capacité à répondre visuellement à ces premières prises de vue sans jamais les copier. Le musée joue sur les correspondances de cadrage, de lumière, de posture, pour que le visiteur passe d'un siècle à l'autre sans transition brutale, presque par glissement.

On sortira de cette confrontation avec une certitude simple : la mer n'a pas de mémoire, mais les images, elles, en ont trop pour se laisser résumer en une seule version. Tahiti attendra encore un peu avant que les guides de voyage ne s'emparent du sujet. Le quai Branly, lui, a préféré la regarder dans les yeux.

Photo : © Musée du quai Branly - Jacques Chirac

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