Deauville, la prochaine adresse d'été de Chanel
LIFESTYLE
L'Édito Magazine
Sur la digue promenade, les planches de bois clair courent parallèles à la mer, ponctuées de cabines aux noms de stars…
Sur la digue promenade, les planches de bois clair courent parallèles à la mer, ponctuées de cabines aux noms de stars d'un autre siècle. La lumière y est particulière, laiteuse, changeante, celle des étés normands qui hésitent entre soleil franc et ciel de traîne. C'est là, à Deauville, que Chanel a choisi de poser son prochain défilé Croisière.
L'annonce précède les images, et c'est ce qui la rend intéressante. Avant que les premières silhouettes ne foulent le sable ou le bois de la digue, avant que les comptes Instagram ne se remplissent de clichés flous pris à la volée, ce choix de destination, à lui seul, raconte déjà quelque chose. Après Biarritz en 2026, après un décor répliquant Sydney à l'autre bout du monde, la maison revient sur le sol français, et pas n'importe où. Deauville n'est pas une ville balnéaire comme les autres pour Chanel. Gabrielle Chanel y a ouvert sa première boutique en 1913, avant Paris. On y vendait déjà des jerseys amples, des marinières détournées, une allure nouvelle pour des femmes qui voulaient marcher sur la plage sans corset. Un siècle plus tard, la maison referme la boucle en y ramenant son défilé le plus itinérant, le plus photogénique, celui qui chaque année réinvente l'idée du voyage.
La Croisière, depuis toujours, n'est pas un simple défilé de plus dans le calendrier. C'est une manière de raconter un lieu à travers le vêtement, de faire dialoguer le patrimoine d'une maison avec une géographie précise. Biarritz avait convoqué l'Atlantique et le surf, la ville où Chanel avait ouvert dès 1915 sa première maison de couture véritable. Sydney, plus lointaine, plus spectaculaire, avait déplacé tout un imaginaire méditerranéen et français jusqu'aux antipodes, avec ce goût pour le contraste qui caractérise les choix de Virginie Viard puis, désormais, de la direction artistique actuelle. Deauville s'annonce comme un retour à l'os, à l'histoire fondatrice, à ce quart d'heure normand où tout a commencé.
Ce que la maison montrera exactement reste, pour l'instant, à imaginer. Aucune image n'a encore circulé, aucun lookbook n'a fuité. On sait seulement que le lieu est fixé, que la promesse est là, et qu'elle tient déjà en elle-même une forme de désir. Deauville, ses haras, son casino Belle Époque, ses régates et son festival de cinéma américain, offre un terrain d'expression rare : à la fois profondément français et tourné vers un certain glamour transatlantique, exactement la tension que Chanel aime cultiver depuis Coco elle-même.
Reste à savoir si la maison choisira la plage, la digue, l'hippodrome ou les intérieurs feutrés de ses hôtels historiques. Reste à savoir quelles silhouettes, quels tissus, quelles couleurs viendront répondre à cette lumière si particulière, mouvante, presque impressionniste. En attendant, la nouvelle suffit à elle seule à faire tourner les têtes du côté de la Normandie, et à rappeler qu'un lieu, avant même une collection, peut déjà faire rêver.
Photo : © Chanel (archives)