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Un fantôme rôde de nouveau sous les ors du Gymnase

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Un lustre qui frémit, une ombre qui glisse derrière une colonne, un masque blanc qui ne révèle jamais tout à fait ce…

Un fantôme rôde de nouveau sous les ors du Gymnase

Un lustre qui frémit, une ombre qui glisse derrière une colonne, un masque blanc qui ne révèle jamais tout à fait ce qu'il cache : le mythe du Fantôme de l'Opéra n'a pas d'âge, et Paris le sait depuis plus d'un siècle. Gaston Leroux l'a imaginé en 1910, obsédé par les coulisses et les dessous de scène d'un Opéra Garnier encore hanté par ses propres légendes. Cette saison, l'histoire quitte un instant les pages du roman pour s'installer au Théâtre du Gymnase Marie Bell, sur le boulevard Bonne Nouvelle, et y restera jusqu'en janvier 2027.

L'angle n'est pas anodin. Voilà une comédie musicale pensée dès 6 ans, ce qui n'est pas si fréquent pour un récit où l'amour, la jalousie et l'obsession se mêlent avec une noirceur toute gothique. La création originale reprend l'architecture du mythe sans jamais chercher à la moderniser à outrance : un génie défiguré qui enseigne le chant dans l'ombre d'un opéra, une jeune cantatrice tiraillée entre deux mondes, une voix qui promet la gloire autant qu'elle menace de tout engloutir. L'intrigue n'a pas besoin d'être réinventée. Elle a seulement besoin d'un théâtre capable d'en faire résonner le vertige, et le Gymnase Marie Bell, avec son architecture du dix-neuvième siècle et ses balcons de velours, prête naturellement son écrin.

Ce qui distingue ce rendez-vous d'une sortie culturelle ordinaire, c'est son positionnement : ni spectacle jeunesse édulcoré, ni soirée réservée aux seuls adultes, mais une proposition pensée pour traverser les générations dans une même salle. On y vient en famille, on y vient avec une adolescente qui a déjà dévoré le roman en version scolaire, on y vient aussi, simplement, parce que la saison des fêtes approche et que l'agenda parisien commence doucement à se saturer d'options moins mémorables. Entre un marché de Noël et une énième exposition temporaire, voilà une soirée qui a le mérite de raconter quelque chose, et de le raconter avec cette tenue particulière qu'exige un mythe aussi codifié.

Car le Fantôme reste, avant tout, une question de mise en scène. Comment suggérer une présence sans jamais la montrer tout à fait, comment faire vivre un amour impossible sans sombrer dans le pathos, comment transformer un opéra fictif en lieu de tous les fantasmes. Ces questions, posées depuis plus de cent ans par chaque adaptation du roman, trouvent ici une nouvelle réponse scénique, à Paris, dans une salle à taille humaine où le velours rouge et les dorures font déjà une partie du travail.

Reste à réserver avant que janvier n'arrive trop vite, et que la salle ne referme ses portes sur son dernier masque.

Photo : Photograph: Eric Pouhier, Modifier: Rainer Zenz, Niabot (last modification) / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

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