Un enfant peint au XVIIIe siècle, joues roses et regard trop grave pour son âge, accroché dans un salon lambrissé du Marais. À quelques pas, un autre enfant, peint cette fois par une artiste d'aujourd'hui, avec le même regard qui ne sait pas encore ce qu'on attend de lui. C'est ce face-à-face que prépare le musée Cognacq-Jay, et il vaut la peine d'être noté bien avant l'ouverture.
Après Agnès Thurnauer en 2025, le musée de la rue Elzévir confie sa prochaine carte blanche à Claire Tabouret. Le nom est désormais familier bien au-delà du monde de l'art : c'est elle qui a été choisie pour signer les nouveaux vitraux de Notre-Dame de Paris. Mais c'est une autre facette de son travail que révèle ce projet, plus intime, celle d'une peintre qui revient sans cesse au portrait, à l'autoportrait et surtout au portrait d'enfant.
Le principe est simple et subtil à la fois. Chaque salle met en regard ses peintures, dessins, sculptures, tapisseries et céramiques avec les œuvres du siècle des Lumières qui font la collection du musée. Le parcours suit quatre fils : le portrait et l'émergence de l'individu, la manière nouvelle de représenter l'enfance, le goût du voyage et de l'ailleurs, puis les arts décoratifs. Entre deux époques, les mêmes questions reviennent : qui sommes-nous quand on nous regarde, que garde-t-on de l'enfance, comment se construit une identité.
Le lieu se prête particulièrement bien à l'exercice. Le musée Cognacq-Jay est une maison plus qu'un musée, un hôtel particulier où l'on circule entre boiseries, pastels et porcelaines comme chez un collectionneur. Y glisser des œuvres contemporaines, c'est prendre le risque du contraste, et c'est souvent là que naissent les plus belles surprises.
L'exposition est annoncée pour 2027. Un rendez-vous à inscrire dès maintenant dans l'agenda, pour ceux qui aiment voir les œuvres anciennes autrement, et pour ceux qui voudront découvrir en privé l'artiste que tout Paris regardera bientôt à travers les vitraux de sa cathédrale.
Reste à savoir qui, des enfants d'hier ou de ceux d'aujourd'hui, regardera l'autre avec le plus d'insistance.
Photo : © Paris Musées