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Vingt noms, deux mille quatre cents candidatures, et au bout, Julie Kegels

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Le mur est en acier brossé, et les lettres du Prix LVMH y sont gravées en creux, presque invisibles selon l'angle de la…

Vingt noms, deux mille quatre cents candidatures, et au bout, Julie Kegels

Le mur est en acier brossé, et les lettres du Prix LVMH y sont gravées en creux, presque invisibles selon l'angle de la lumière : il faut se placer devant, comme ce jour-là Delphine Arnault et Anya Taylor-Joy, pour que le nom apparaîsse en entier. C'est une manière assez juste de résumer ce prix : on ne le voit vraiment que de face, et il demande qu'on s'y arrête.

Au printemps, LVMH dévoilait les vingt semi-finalistes de son édition 2026, sélectionnés parmi 2 400 candidatures venues du monde entier. Le 4 septembre, à la Fondation Louis Vuitton, l'histoire a trouvé son dénouement. Le chiffre seul donne le vertige : vingt noms retenus sur près de deux mille cinq cents dossiers, c'est un tri d'une sévérité presque cruelle, et c'est cette sévérité même qui fait la valeur du prix depuis sa création. On ne postule pas au Prix LVMH pour figurer sur une liste. On y postule pour exister dans un secteur qui, chaque saison, digère et recrache des dizaines de jeunes marques sans qu'on ait le temps de retenir leur nom.

Cette année, la géographie du prix s'est élargie d'une façon qui mérite d'être soulignée sans grandiloquence : pour la première fois, des créateurs originaires de Géorgie, du Kenya et de Thaïlande figuraient parmi les semi-finalistes. Ce n'est pas un détail cosmétique dans un communiqué de presse. Le Prix LVMH a longtemps eu la réputation, justifiée ou non, de recruter son vivier dans un périmètre assez européen et nord-américain. Voir apparaître Tbilissi, Nairobi ou Bangkok dans la liste raconte autre chose : une mode qui ne se pense plus depuis un seul point du globe, et un groupe de luxe qui semble l'avoir compris avant que la conversation ne devienne obligatoire.

Le parcours a suivi son calendrier. En mars, La Samaritaine a accueilli un showroom inédit dédié à ces vingt créateurs, pendant que le public votait en ligne. En avril, neuf finalistes ont été retenus, venus de Belgique, des États-Unis, de France, de Géorgie, de Chine, de Suède, du Royaume-Uni, d'Espagne et, pour la première fois, du Kenya.

Le verdict est tombé le 4 septembre, devant un jury où siégeaient notamment Jonathan Anderson, Maria Grazia Chiuri, Marc Jacobs, Stella McCartney et Nigo. Le Prix LVMH revient à la Belge Julie Kegels, 27 ans, formée à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers et passée par Alaïa, dont le label ne date que de 2024. Elle repart avec 400 000 euros et un an de mentorat, le prix lui ayant été remis par Jennifer Lawrence. Le Prix Karl Lagerfeld distingue Zane Li et sa marque Lii, entre sportswear et couture. Et le Prix des Savoir-Faire consacre Anil Padia, fondateur de la maison kényane Yoshita 1967 : le premier finaliste de son pays est aussi reparti vainqueur.

Il y a six mois, aucun de ces noms n'avait de vitrine, de campagne, de nom sur un sac. Trois d'entre eux sont désormais passés de l'autre côté du mur. Reste à voir lesquels, dans deux ou trois saisons, seront devenus ceux qu'on se vantera d'avoir repérés les premiers.

Photo : © Saskia Lawaks / LVMH

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