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Rue Jean Goujon, la couture indienne prend ses quartiers

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Au numéro 6 de la rue Jean Goujon, la pierre garde encore l'allure des années trente : lignes verticales, sobriété de…

Rue Jean Goujon, la couture indienne prend ses quartiers

Au numéro 6 de la rue Jean Goujon, la pierre garde encore l'allure des années trente : lignes verticales, sobriété de façade, la patte d'un classicisme parisien signé Charles Lemaresquier. C'est derrière ce mur que Gaurav Gupta vient de poser, enfin, une adresse fixe. Pas un pop up, pas un défilé d'un soir dans un hôtel particulier loué pour l'occasion : un showroom permanent, le premier hors d'Inde, sa toute première adresse internationale.

Depuis quatre ans, Paris connaissait son nom sans connaître sa porte. Gaurav Gupta figurait au calendrier officiel de la haute couture, entre deux maisons centenaires, avec une gestuelle immédiatement reconnaissable : le drapé en spirale, la soie qui semble couler comme un métal en fusion, une silhouette qui emprunte autant au sari qu'à une science presque architecturale du vêtement. Quatre jours par saison, la capitale l'accueillait dans ses salons prêtés. Le reste de l'année, il repartait, défilé plié, valises refaites.

Ce temps-là s'achève. En s'installant dans le Triangle d'Or, à quelques rues des maisons qui ont écrit l'histoire de la couture française, Gaurav Gupta troque le statut d'invité de saison pour celui de résident, sans renier une ligne de son histoire indienne. Le choix du lieu n'est pas neutre : un immeuble des années trente confère au geste une légitimité patrimoniale qu'une vitrine plus contemporaine n'aurait jamais offerte. La couture venue de New Delhi ne s'excuse pas d'arriver à Paris. Elle s'y installe, dans les mêmes pierres que les autres, au même étage.

On imagine déjà ce que ces murs vont devoir accueillir : les clientes privées qui n'auront plus besoin d'un rendez-vous d'exception pour toucher une matière, les silhouettes essayées en lumière naturelle plutôt que sous les projecteurs d'un défilé, les carnets de commandes qui se remplissent loin du tumulte de la Fashion Week. Un showroom permanent change la nature même de la relation entre un couturier et sa clientèle. Il ne s'agit plus de convaincre en quatre jours par an, mais d'exister, continûment, dans le paysage mental d'une ville qui a vu passer tant de maisons et qui n'en retient, au fond, que quelques adresses.

Reste la question du geste créatif lui même, celui qui a construit la réputation de Gaurav Gupta avant même cette ouverture. Ses drapés ne doivent rien au hasard : ils relèvent d'une construction presque mathématique, pensée comme une sculpture en mouvement, où le tissu se tord sur lui même sans jamais perdre sa fluidité. Cette signature, née en Inde et affinée au fil des saisons parisiennes, trouve ici un écrin à sa mesure. Un immeuble ancien, une rue tranquille, une forme de retenue qui laisse toute la place au vêtement.

Il faudra des mois, peut-être des saisons, pour mesurer ce que cette adresse déplace réellement dans la manière dont Paris regarde une création venue d'ailleurs, une création qui ne demande plus la permission d'y rester. Le geste, lui, est déjà posé. Avant que la rue Jean Goujon ne devienne, à son tour, un rendez-vous couru du microcosme parisien, une fenêtre étroite s'ouvre : celle où l'on peut encore passer devant cette façade sans croiser personne, sans file, sans bruit.

Dans quelques mois, on fera peut-être la queue devant cette porte pour apercevoir, en vitrine, une robe drapée comme une vague figée dans sa chute. Pour l'instant, la rue reste tranquille, presque anonyme, et c'est cette discrétion fragile, comptée, qui donne au moment tout son prix.

Photo : Gaurav Gupta / Gaurav Gupta Studio

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