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À Mexico, le nom Lagerfeld prend de la hauteur

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À Mexico, le nom Lagerfeld s'apprête à habiller des murs plutôt que des silhouettes.

À Mexico, le nom Lagerfeld prend de la hauteur

Catogan blanc, lunettes noires, col amidonné remonté jusqu'au menton. L'image de Karl Lagerfeld tient en quelques signes qu'on dessinerait les yeux fermés. On ne l'imaginait pas, en revanche, associer son nom à une tour dominant un green de golf à Mexico. C'est pourtant ce que révèle WWD : la marque qui porte son nom s'associe à un projet immobilier mexicain, une tour résidentielle de 38 étages comptant 73 unités.

Le fait mérite qu'on s'y arrête, moins pour la hauteur de l'immeuble que pour ce qu'il raconte du devenir des maisons de mode. Depuis la mort du couturier en 2019, la marque Karl Lagerfeld continue d'exister sous perfusion créative, entre collections de prêt-à-porter et produits dérivés. Ce projet immobilier change la nature de l'exercice. Il ne s'agit plus d'habiller un corps, mais de signer un lieu de vie.

Chaque détail connu pour l'instant tient en quelques chiffres : 38 étages, 73 appartements, une vue dégagée sur un parcours de golf. Pas de précision, à ce stade, sur les matériaux retenus, l'architecte associé ni le calendrier de livraison. L'information est sortie par la presse immobilière américaine, avant que les titres de mode ne s'en emparent, signe que la maison française n'a pas encore choisi de communiquer en détail sur le sujet.

Ce silence relatif n'a rien d'un hasard. Les marques de mode qui s'aventurent dans l'immobilier avancent prudemment, conscientes que l'exercice est plus périlleux qu'il n'y paraît : un appartement se vend sur quinze ou vingt ans, une collection se renouvelle en six mois. Armani, Versace ou Fendi ont ouvert la voie avec des résidences de marque à Miami ou à Dubaï, prouvant qu'un nom de couturier pouvait se prolonger jusque dans le choix d'un marbre ou la hauteur d'un plafond. En s'installant à Mexico, Karl Lagerfeld rejoint cette catégorie restreinte de maisons qui vendent, au fond, une esthétique habitable plutôt qu'un simple logement.

Reste à savoir ce que ce nom signifiera appliqué à des murs plutôt qu'à des épaules. Le couturier avait un goût affiché pour l'architecture et le mobilier du dix-huitième siècle, pour les intérieurs épurés où le noir et le blanc se répondaient sans fioriture. On peut imaginer, sans certitude à ce stade, que la tour mexicaine cherchera à transposer cette grammaire visuelle dans la pierre et le verre. Seuls les prochains mois le diront, à mesure que le projet prendra forme et que la maison acceptera, ou non, d'en détailler les contours.

Pour l'instant, la nouvelle circule encore discrètement, davantage commentée par les professionnels de l'immobilier que par ceux de la mode. L'EDITO choisit d'en parler maintenant, avant que le sujet ne devienne un cas d'école du luxe diversifié. Quelque part à Mexico, une tour doit encore sortir de terre, sous un ciel que Karl, de son vivant, n'a sans doute jamais regardé.

Photo : Alexis Tostado / Unsplash

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