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Part-Dieu, l'élégance qu'on n'attendait plus d'une gare

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Un an après sa mue, Part-Dieu prouve qu'une gare peut aussi devenir une œuvre qu'on s'arrête pour regarder.

Part-Dieu, l'élégance qu'on n'attendait plus d'une gare

Un dais d'acier ovale, suspendu au dessus d'un parvis de verre et de béton clair, projette une ombre douce sur des passants qui lèvent la tête sans trop savoir pourquoi. La lumière du matin glisse sur la coque métallique, rebondit contre les baies vitrées, s'étire le long d'une passerelle courbe qui semble ne jamais vouloir toucher le sol. On pourrait croire à un geste de musée, à l'aile d'une fondation privée quelque part entre deux capitales. C'est pourtant une gare. Et c'est à Lyon que cette scène se joue, depuis un an maintenant.

Part-Dieu, longtemps présentée comme un nœud ferroviaire sans grâce particulière, traversée plus que regardée, vient de basculer dans une autre catégorie. Un an après sa transformation, la gare lyonnaise figure désormais dans des classements internationaux consacrés aux plus belles gares du monde, aux côtés d'édifices qu'on associe spontanément à Tokyo, Anvers ou New York. Le fait mérite qu'on s'y arrête, car la France a rarement cette réputation en matière d'architecture ferroviaire contemporaine. Gare du Nord, Saint-Lazare, Austerlitz : des patrimoines, des monuments, mais pas toujours des lieux qu'on regarde comme on regarderait une pièce de design.

Ce qui change avec Part-Dieu tient dans le vocabulaire employé par les architectes pour requalifier un bâtiment des années soixante dix, pensé à l'origine pour absorber des flux et non pour séduire le regard. La structure d'origine, brutaliste, fonctionnelle, a été conservée dans ses grandes lignes mais enveloppée, prolongée, redessinée par des ajouts contemporains : canopées métalliques, grandes surfaces vitrées, passerelles suspendues qui organisent la circulation des voyageurs comme on organiserait celle d'un musée. L'idée n'était pas de maquiller une gare, mais de lui offrir une seconde lecture architecturale, celle d'un lieu de passage qui devient un lieu que l'on remarque.

Le détail qui compte, dans ce genre d'opération, se niche rarement dans le geste spectaculaire. Il tient dans la manière dont la lumière naturelle a été réintroduite au cœur d'un bâtiment conçu, à l'époque, pour fonctionner sans elle. Il tient dans le choix d'un métal qui réfléchit le ciel plutôt que de l'imiter, dans des courbes qui évitent l'angle droit systématique, dans des espaces publics, places, placettes, jardins suspendus, pensés pour qu'on s'y attarde sans but précis. Une gare qui invite à rester un instant avant de partir, voilà peut être ce qui distingue une infrastructure réussie d'une infrastructure désirable.

Il faudra sans doute peu de temps avant que Part-Dieu ne devienne un passage obligé des listicles voyage et des comptes Instagram spécialisés en architecture, avant que son dais d'acier ne se retrouve décliné sur mille clichés identiques pris au même angle, à la même heure dorée. L'EDITO préfère la regarder maintenant, quand elle appartient encore à ceux qui l'ont vue grandir plutôt qu'à ceux qui viendront la consommer. Une gare, après tout, n'a jamais eu vocation à être belle. Celle là a décidé de l'être quand même, et Lyon, pour une fois, n'a rien à envier à personne.

Photo : DR

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