Orsay murmure déjà le nom de ses deux prochaines expositions
CULTURE
L'Édito Magazine
Deux titres, aucune date : Orsay distille déjà le murmure de ses prochaines expositions.
Sous la grande horloge d'Orsay, celle qui découpe la Seine en cadran doré, certains dimanches ressemblent à ceux où le musée semble retenir son souffle avant d'annoncer quelque chose. Ce n'est pas encore officiel, aucun communiqué n'a été relayé, mais deux intitulés viennent d'apparaître dans la programmation du musée, discrètement, presque en catimini. De ceux qu'on repère en scrutant une page avant qu'elle ne soit mise à jour ailleurs.
Le premier s'appelle « Je passe ma vie à peindre ». Une phrase qui sonne comme un aveu plus que comme un titre d'exposition, quelque chose qu'on murmurerait en atelier plutôt qu'on n'écrirait sur un carton d'invitation. Le second est un focus consacré à Marie et Félix Bracquemond, couple d'artistes dont l'histoire commune s'est toujours un peu effacée derrière celle des figures plus célébrées de leur époque. Les mettre ensemble, sous un même toit, dans une même saison, ressemble à un geste de réparation autant qu'à un choix curatorial.
Aucune date n'a encore été confirmée, ni les salles concernées, ni le nombre d'œuvres réunies. Ces détails viendront avec l'annonce officielle, quand le musée jugera le moment venu. Mais les titres, eux, sont là, posés dans l'agenda comme deux promesses qu'on n'a pas encore le droit d'ouvrir tout à fait. C'est exactement ce que fait un bon musée quand il prépare une exposition qui compte : il commence par le mot juste, avant même de montrer une seule toile.
Ce qui se joue dans ce double geste dépasse la simple mise à jour d'un calendrier. Orsay a construit sa réputation sur cette capacité à revisiter le dix neuvième siècle sans jamais le figer, à sortir de l'ombre des noms qu'on connaît mal ou qu'on connaît de travers. Marie Bracquemond a peint dans le sillage des impressionnistes sans jamais en recevoir tout à fait les honneurs. Félix, graveur et céramiste, a longtemps été réduit à son rôle d'époux dans les récits qu'on faisait d'elle. Réunir les deux dans une même exposition, ce n'est pas seulement rendre justice à un talent oublié, c'est raconter une collaboration, une tension, peut être une rivalité tendre, celle de deux artistes qui partageaient une maison et un siècle.
Quant à « Je passe ma vie à peindre », le titre laisse deviner une exposition pensée comme un portrait d'obsession plus que comme une rétrospective sage. On imagine déjà les commissaires en train de choisir les toiles qui incarnent le mieux cette phrase, cette dévotion presque physique au geste de peindre, jour après jour, sans autre ambition que de continuer.
Pour l'instant, il ne reste que ces deux titres suspendus dans une page de programmation, sans image, sans date, sans affiche. Le genre de détail que l'on garde en tête, en se disant qu'il faudra revenir voir ce que le musée en aura fait, quand la lumière d'automne tombera enfin sur les cimaises du quai Anatole France.
Photo : © Musée d'Orsay, dist. GrandPalaisRmn / Laetitia Striffling-Marcu