Off-Grid : Moser coupe le signal, garde le style
LIFESTYLE
L'Édito Magazine
Entre aiguilles et chiffres, Moser invente la montre qui refuse de choisir son époque.
Un cadran fumé qui affiche l'heure sans jamais la crier, deux aiguilles qui semblent ignorer qu'on est en 2026, et puis, juste en dessous, un second visage : trois lignes de chiffres nets, presque froids, qui parlent la langue du monde connecté. C'est cette tension entre deux époques que H. Moser & Cie a choisi de mettre en scène avec l'Off-Grid, dévoilée le 23 septembre, et dont L'EDITO a pu observer les premières images avant que la presse généraliste ne s'en empare.
La manufacture de Schaffhouse n'en est pas à son coup d'essai sur ce terrain. L'an dernier, l'Alpine Mechanics Edition, pensée pour les mécaniciens de l'écurie Alpine en Formule 1, avait ouvert la voie : une Moser à affichage digital, terrain a priori étranger à une maison connue pour ses cadrans nus et son minimalisme radical. L'Off-Grid poursuit l'idée mais en resserre le propos. Plus de sponsoring sportif, plus de logo tapageur, seulement une montre qui semble se demander tout haut ce que signifie encore être connecté, ou justement, ne pas l'être.
Le nom lui-même est un clin d'œil, presque une provocation amicale adressée à une industrie du luxe obsédée par la data et les notifications. Car l'Off-Grid embarque bien du Bluetooth, mais il ne sert qu'à régler la montre. Le reste, c'est un mode Off-Grid, précisément, qui laisse choisir son pays d'un geste et affiche l'heure de n'importe quel fuseau, un chronographe à rattrapante au centième de seconde, un calendrier perpétuel, une phase de lune, l'heure du lever et du coucher du soleil, une alarme, un minuteur, et même un dictionnaire de dix mots en vingt et une langues, de quoi commander un café à Tokyo ou à Lisbonne. La montre ne reçoit rien, elle informe, et reste muette sur tout le reste.
Techniquement, Moser assume la rupture jusqu'au bout. Pas de mouvement mécanique ici, mais un calibre D10 développé avec le spécialiste suisse Sequent, à quartz, capable de tenir douze mois en mode affichage seul. Le boîtier coussin de la ligne Streamliner, 42,6 millimètres, acier habillé de noir ou de bleu, bracelet intégré en caoutchouc, étanche à 120 mètres. Deux versions, mille pièces chacune, 3 900 francs suisses hors taxes. Et une première pour la maison : l'Off-Grid est la première Moser que l'on peut acheter en ligne, sur le site de la manufacture, du 24 septembre au 5 octobre. La version noire affichait déjà complet quelques jours après l'ouverture des ventes.
H. Moser & Cie s'est construit une réputation d'électron libre dans un secteur qui aime pourtant ses codes bien rangés. Cadrans sans nom de marque, humour noir assumé sur des sujets aussi sérieux que la finance ou la déconnexion numérique : l'Off-Grid s'inscrit dans cette lignée d'ironie maîtrisée. Rien d'ostentatoire, tout est dans la retenue, ces dégradés fumés qui captent la lumière autrement selon l'angle, ce sens du détail qui privilégie la matière au discours.
Reste à savoir comment cette double lecture du temps, aiguilles d'un côté, chiffres de l'autre, sera reçue par les collectionneurs les plus puristes, ceux qui considèrent le quartz comme une hérésie plutôt qu'une audace. Moser a l'habitude de diviser pour mieux exister. L'Off-Grid ne fera sans doute pas exception, et c'est probablement exactement ce que la maison recherchait. Pour l'instant, elle appartient encore un peu au silence du studio, avant que les forums et les vitrines ne s'en emparent.
H. Moser & Cie. Off-Grid — © H. Moser & Cie.