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Le blason et le bruit : Gucci selon Demna

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Une salle du Palazzo Settecento à Milan, des chaises alignées comme pour une audience de cour, et sur les premiers…

Le blason et le bruit : Gucci selon Demna

Une salle du Palazzo Settecento à Milan, des chaises alignées comme pour une audience de cour, et sur les premiers rangs, le silence particulier qui précède les collections dont on sait déjà qu'elles vont faire parler. C'est dans ce décor que Demna a présenté sa première collection femme pour Gucci pendant la Fashion Week milanaise, et ce qui s'est joué là dépasse largement la question du vêtement.

Depuis son arrivée à la direction artistique de la Maison, Demna avait laissé entendre qu'il ne viendrait pas simplement retoucher les codes hérités de ses prédécesseurs. Il fallait s'attendre à une rupture de langage plutôt qu'à une continuité stylistique. La collection présentée à Milan confirme cette intuition : un vocabulaire qui puise dans l'iconographie aristocratique, cols montants, drapés qui évoquent le portrait de cour, matières lourdes proches du velours ou du brocart, mais que Demna fait entrer en collision frontale avec des références de culture populaire, silhouettes urbaines, logos détournés, une certaine ironie dans le port du vêtement noble.

Ce grand écart n'est pas nouveau dans le travail du créateur. On l'avait déjà vu, ailleurs, manier ce contraste entre le vestiaire de la rue et celui du pouvoir. Mais chez Gucci, la manœuvre prend un sens différent : la Maison florentine a construit son identité sur un héritage bourgeois, équestre, presque provincial dans son raffinement. En y injectant des éléments de pop culture assumés, Demna ne cherche pas à moderniser cet héritage, il le retourne comme un gant, jusqu'à faire coexister dans un même look la retenue d'un manteau de tailleur et la brutalité d'un accessoire qui semble tout droit sorti d'un défilé de rue.

Le savoir-faire, lui, reste d'une exigence intacte. Les silhouettes les plus travaillées de la collection s'appuient sur des techniques de coupe historiques, épaules structurées, doublures visibles, finitions qui rappellent le travail d'atelier plus que la production en série. C'est peut-être là que se niche le geste le plus intelligent de Demna : utiliser le vocabulaire de l'artisanat pour légitimer une proposition qui, sur le papier, pourrait sembler provocatrice. La provocation n'est jamais gratuite quand elle s'appuie sur un métier maîtrisé.

Reste une question, que la profession se pose déjà à voix basse dans les couloirs de Milan : cette réinvention parlera-t-elle à la clientèle historique de Gucci, celle qui a grandi avec les imprimés fleuris et les codes équestres de la Maison, ou s'adresse-t-elle à une génération qui découvre Gucci par le prisme de la culture internet et du détournement ? Demna n'a jamais eu pour habitude de choisir un camp. Il préfère, semble-t-il, forcer les deux publics à se regarder dans le même miroir. Milan vient d'en avoir la première image nette, avant que les réseaux ne s'en emparent et n'en fassent, comme toujours, autre chose.

Photo : © Daniele Venturelli / Getty Images for Gucci

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