Jaeger-LeCoultre fait tenir le temps dans un gramme
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L'Édito Magazine
Il faut s'approcher très près pour la voir.
Il faut s'approcher très près pour la voir. Un petit carré de laque noire, cerné de diamants, posé en biais sur un jonc d'or rose que des bandes de céramique noire et de pierres blanches traversent en diagonale, comme les maillons d'une chaîne que l'on aurait figée dans son mouvement. On croit d'abord regarder un bracelet. Puis l'œil accroche deux aiguilles minuscules, et l'on comprend que ce bijou donne l'heure. Avec la Calibre 101 Chain, Jaeger-LeCoultre rappelle que, chez elle, la haute joaillerie commence toujours par une prouesse d'horloger.
Cette prouesse a presque cent ans. En 1929, la manufacture de la vallée de Joux dévoile le Calibre 101 : 14 millimètres de long, 4,8 de large, 3,4 d'épaisseur, un volume de 0,2 centimètre cube et un poids d'à peine un gramme, celui de deux papillons. Le tout conçu sans ordinateur, sans découpe laser ni machine à commande numérique, qui n'existeraient qu'un demi-siècle plus tard. Il hérite de l'architecture Duoplan, brevetée en 1925, qui superpose les rouages sur deux niveaux pour gagner la moitié de la place. Près d'un siècle après, il reste le plus petit mouvement mécanique rectangulaire à remontage manuel au monde, et l'un des plus anciens encore en production.
Ses dimensions n'ont jamais changé. Ce qui a changé, c'est ce qu'il contient : la cinquième génération compte aujourd'hui 98 composants, tous fabriqués et ajustés sur mesure tant ils sont petits. Dans un atelier qui lui est réservé, seule une poignée d'horlogers a jamais su l'assembler. Il leur faut quarante heures pour un seul mouvement, ce qui limite la production à quelques dizaines de pièces par an. Dans un monde horloger qui aime les chiffres qui gonflent, le 101 cultive l'inverse : la fierté du presque invisible.
La nouvelle venue rend hommage à une Duoplan de 1955 que l'on surnommait déjà « Chain », pour son lourd bracelet tressé de maillons d'or rose poli. On retrouve le dessin de ces maillons sculpté sur les flancs du jonc. Mais la vraie audace est ailleurs, dans la méthode. Au lieu de partir du boîtier, comme le veut l'usage, le studio de création a d'abord dessiné le bracelet, le serti et l'ornement, et n'a glissé le boîtier et le mouvement qu'à la toute fin. Une montre pensée comme un bijou, et non l'inverse : plus de 300 heures de recherche ont été nécessaires pour mettre ce renversement en musique.
La fabrication tient de l'orfèvrerie. Chaque jonc est coulé en or rose 18 carats dans un moule unique, refait pour chaque pièce. On affine ensuite les 36 alvéoles qui accueilleront le HyCeram, une céramique composite d'un noir profond et brillant, avant de percer les logements des diamants. La céramique, encore liquide, est injectée à la main à la seringue, puis durcie sous pression et chaleur, et polie jusqu'à devenir miroir. Vient enfin le tour d'un maître sertisseur de l'atelier des Métiers Rares, qui pose une à une 158 pierres taille brillant, environ 2,73 carats au total.
Au poignet, le boîtier ne mesure que 18,6 millimètres sur 5,98, et le mouvement garde 33 heures de réserve de marche. Les heures, les minutes, rien de plus. C'est peut-être là le vrai luxe de la Calibre 101 Chain : une montre qui ne cherche pas à tout dire, mais qui porte, dans un gramme de mécanique, près d'un siècle de patience.
Photo : © Jaeger-LeCoultre