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Huit lampes qui préfèrent désobéir au bon goût

LIFESTYLE

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Quand le stylo, l'enveloppe et la créature de Frankenstein deviennent sources de lumière et d'inspiration.

Huit lampes qui préfèrent désobéir au bon goût

Un stylo Bic, rouge, capuchon pointu comme une fusée miniature, suspendu dans le vide par deux fils presque invisibles. À l'intérieur du corps transparent, un tube lumineux remplace l'encre et irradie d'une lumière blanche, chaude, presque liquide. Le cordon électrique rouge pend mollement vers le sol, comme une goutte d'encre qui aurait décidé de ne jamais toucher terre. L'objet du quotidien, celui qu'on perd dans un fond de sac ou qu'on mâchouille en réunion, devient ici une pièce suspendue, presque votive. On ne sait plus trop s'il faut écrire avec ou dormir dessous.

Ce détournement d'un objet banal en source de lumière raconte assez bien l'esprit d'une sélection repérée par Dezeen début octobre, huit designs qui refusent le vocabulaire habituel du luminaire. Fini l'abat-jour sage posé sur un guéridon. Ici, la lampe se prend pour un stylo, une enveloppe, une créature recousue. Le medium d'inspiration, c'est le bureau, le courrier, la papeterie oubliée, ce territoire du quotidien que personne ne pensait spectaculaire.

Parmi les pièces les plus singulières, les "lampes Frankenstein" imaginées par le duo londonien City Girls jouent justement sur cette idée de reconstitution. Le nom suffit à deviner le principe : des fragments disparates assemblés en un seul corps lumineux, comme si plusieurs luminaires trouvés en brocante avaient fusionné pour donner naissance à une créature inédite. Rien n'est lissé, rien n'est symétrique. La couture reste visible, presque revendiquée, dans une esthétique qui doit autant au cabinet de curiosités qu'au recyclage créatif.

Autre proposition de la même sélection, une lampe de bureau pliable conçue pour tenir dans une enveloppe A4. L'objet se range à plat, se glisse dans un courrier comme une simple feuille, puis se déploie en source de lumière fonctionnelle une fois sorti de son enveloppe. Le geste évoque celui d'un origami industriel, où la fonction et le transport deviennent un seul et même problème de design à résoudre.

Et puis il y a ces abat-jours en cire moulable, matière chaude par nature, qui se prête à des formes mouvantes, jamais tout à fait figées. La cire garde la trace du geste qui l'a façonnée, elle se réchauffe au contact de la lumière qu'elle diffuse, elle vieillit visiblement avec le temps, contrairement au verre ou au métal qui restent inertes. Un abat-jour en cire n'est jamais tout à fait terminé : il continue de se transformer, millimètre par millimètre, à chaque allumage.

Ce qui relie ces huit pièces, au-delà de leur excentricité assumée, c'est une manière de regarder l'objet du quotidien avec un peu trop de sérieux pour que ce soit tout à fait sérieux. Le design contemporain semble retrouver un goût pour le jeu, pour la citation (le stylo, l'enveloppe, la créature de laboratoire), sans jamais sombrer dans le gadget décoratif. On y sent surtout une génération de créateurs qui refuse d'opposer utilité et absurdité, et qui préfère éclairer une pièce avec un clin d'œil plutôt qu'avec une évidence.

Reste à savoir combien de temps ce stylo suspendu mettra avant d'apparaître, dupliqué et édulcoré, sur les murs de tous les comptes déco. En attendant, il brille encore dans sa version brute, un peu absurde, terriblement désirable.

Photo : © Seletti, via Dezeen

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