Six jours à Paris, et pour une fois l'entrée est libre
MODE
L'Édito Magazine
Pour la première fois, les défilés parisiens se regardent en direct, sans carton ni connaissance au service de presse.
Il suffit de regarder l'agenda de la semaine qui vient pour comprendre que Paris s'apprête à changer de rythme. Du 28 septembre au 3 octobre, la ville va se remplir de housses à vêtements, de talons qui claquent sur le bitume et de gens qui parlent fort dans les halls d'hôtel en regardant leur montre. La Fédération de la Haute Couture et de la Mode vient de publier le calendrier final de la Fashion Week Femme printemps été 2027, celui qu'on s'échange en photo floue depuis des semaines et qui, cette fois, tient dans un vrai document, avec des heures précises et des noms qui claquent : Dior, Saint Laurent, Balmain, Chanel, Chloé, Balenciaga, Rick Owens, Schiaparelli.
Ce genre de liste, sur le papier, ressemble à un simple emploi du temps. Dans les faits, c'est six jours de tension concentrée, où chaque créneau horaire raconte une hiérarchie, une rivalité feutrée, une manière de se placer sur l'échiquier parisien. Un show à 10h n'a pas le même poids qu'un show à 19h. Ceux qui ferment une journée le savent, ceux qui l'ouvrent aussi.
Ce qui change vraiment cette saison, c'est l'accès. Une partie non négligeable des défilés sera accessible en livestream, sans carton, sans invitation, sans avoir à connaître quelqu'un chez le service de presse. Dior, Margiela, Saint Laurent, Courrèges, Balmain, Dries Van Noten, Stella McCartney, Acne, Chloé, Balenciaga, Rick Owens, Isabel Marant, Loewe, Issey Miyake, Casablanca, Céline, Yohji Yamamoto : autant de maisons qui ont accepté d'ouvrir leur salon, virtuellement, à quiconque a une connexion correcte et l'envie de rester devant son écran au bon moment. Ce n'est pas rien. Pendant des décennies, la Fashion Week s'est vécue par procuration, à travers les comptes rendus du lendemain, les photos volées, les résumés en dix images. Regarder un défilé en direct, dans son salon ou dans le métro, à la seconde où la première silhouette sort en coulisses, change quelque chose à la manière dont on habite cette semaine.
Reste la question du tempo. Six jours, c'est court pour absorber autant de collections, et la tentation sera grande de tout vouloir suivre, de sauter d'un lien à l'autre en oubliant de vraiment regarder. La Haute Couture a ses horaires, mais elle n'a jamais eu de mode d'emploi pour la fatigue qu'elle inflige à ceux qui essaient de tout voir. Peut-être que la vraie élégance, cette saison, sera de choisir. De laisser filer certains créneaux pour se concentrer sur deux ou trois maisons, celles dont on veut vraiment comprendre où elles emmènent leur vestiaire.
Rick Owens en fin de journée, la lumière qui baisse sur les gradins. Schiaparelli qui referme quelque chose ou qui l'ouvre encore davantage, personne ne le sait vraiment avant que les lumières ne s'éteignent dans la salle. Ce qui est sûr, c'est que la semaine prochaine, à la même heure, une partie du monde entier regardera Paris habiller septembre 2027 avant même que la ville n'ait fini de digérer 2026.
Photo : Chalo Garcia / Unsplash