Shanghai prend rendez-vous avec les nez du monde en octobre
BEAUTÉ
L'Édito Magazine
Sur le comptoir, un diffuseur rouge laqué côtoie un bonsaï plus vieux que la boutique elle-même, une tête de pierre…
Sur le comptoir, un diffuseur rouge laqué côtoie un bonsaï plus vieux que la boutique elle-même, une tête de pierre polie et des flacons transparents alignés comme des notes sur une portée. Ici, on ne vend pas du parfum, on orchestre une conversation entre deux mondes : l'artisanat chinois du bois de santal et de l'agar, et la parfumerie de niche occidentale, celle des flacons signés, des formules confidentielles, des maisons qu'on chuchote entre initiés. Cette scène, prise quelque part entre Shanghai et sa passion grandissante pour l'olfactif rare, dit déjà ce que la ville s'apprête à confirmer en grand format.
Du 14 au 17 octobre 2026, Shanghai accueillera l'édition d'automne de Notes, le salon devenu en quelques années un point de passage obligé pour qui suit la parfumerie de niche à l'échelle mondiale. Plus de deux cents marques y seront réunies, un chiffre qui, à lui seul, dit la place que la ville a su prendre dans un secteur longtemps dominé par Paris, Grasse et quelques capitales européennes. Ce n'est pas un salon grand public au sens où on l'entend d'ordinaire : c'est un rendez-vous de parfumeurs indépendants, de maisons confidentielles, de flacons qu'on ne trouve dans aucune grande surface de duty free, et que l'on découvre justement parce que quelqu'un a pris le temps de creuser au-delà des lancements médiatisés.
Ce qui rend Notes Shanghai particulier, ce n'est pas seulement son ampleur. C'est la manière dont la ville s'est imposée comme un territoire d'accueil pour une culture olfactive qui, ailleurs, reste souvent cantonnée à quelques adresses parisiennes ou milanaises. Le public chinois urbain, éduqué à une consommation de luxe exigeante, a développé un appétit particulier pour le parfum de niche, moins comme accessoire de séduction que comme objet de collection, presque comme on collectionnerait des céramiques ou des pièces d'art contemporain. Les deux cents marques présentes en octobre ne viendront pas simplement vendre : elles viendront raconter des formules, des matières premières rares, des processus de macération qui prennent parfois des années avant d'aboutir à un flacon fini.
Pour un lectorat qui suit la parfumerie confidentielle avec attention, la date mérite d'être notée maintenant, avant que le salon ne devienne, comme chaque édition précédente, un sujet relayé partout dans la presse spécialisée internationale. Ceux qui voyagent pour sentir avant d'acheter, ceux qui traquent les petites maisons avant qu'elles ne deviennent des noms qu'on répète en boucle sur les réseaux, ont là quatre jours à inscrire dans un agenda encore vide.
Il reste plusieurs semaines avant l'ouverture des portes. Le temps, pour les curieux, de préparer leurs valises et leurs narines, et de deviner, sans les avoir encore respirées, quelles seront les fragrances que tout le monde cherchera à décrire cet hiver.
Photo : © Fragrantica