Paris fixe l'heure de son prochain vertige
MODE
L'Édito Magazine
Six jours, un calendrier, et déjà l'image qui fera parler la mode parisienne pendant six mois.
Sous une voûte de fleurs tropicales peintes en fond de podium, une silhouette avance en tweed transparent, la peau qui se devine entre les carreaux du tissu comme on devine une histoire avant qu'elle ne soit racontée. C'est à peu près ainsi que débute une saison de mode à Paris : par une image qu'on n'a pas encore les mots pour décrire. La Fédération de la Haute Couture et de la Mode vient de trancher : le calendrier officiel de la Fashion Week Paris printemps-été 2027 est arrêté, et il tient en six jours, du 28 septembre au 3 octobre.
L'ouverture revient à deux signatures qui incarnent la relève belge et scandinave du prêt-à-porter parisien : Julie Kegels et Hodakova lancent le bal dès le 28. Le lendemain, la ville bascule dans son rythme le plus attendu de l'année. Dior défile le 29 septembre, dans la journée, un rendez-vous qui, saison après saison, condense à lui seul l'attention de la presse internationale. Le même jour, mais à la nuit tombée, Saint Laurent choisit le format nocturne, cette heure tardive où les flashs prennent une autre texture et où les silhouettes semblent taillées pour l'obscurité plutôt que pour le jour.
Le 1er octobre appartient à Balenciaga et à Chloé, deux maisons qui n'ont, sur le papier, presque rien en commun, l'une taillée dans l'architecture et la rupture, l'autre dans une fluidité qui a fait sa légende depuis les années soixante-dix, et qui se retrouvent pourtant sur la même page d'un même calendrier, à quelques heures d'intervalle. Le 2 octobre, Loewe et Givenchy prennent le relais, deux maisons dont les directions artistiques respectives sont scrutées avec une attention presque clinique depuis leurs derniers changements de cap. La semaine se referme le 3 octobre, sans qu'aucun format de clôture n'ait encore filtré.
Ce qu'il faut comprendre de ce calendrier, ce n'est pas seulement une succession de noms et d'horaires : c'est une cartographie du désir pour les six prochains mois. Chaque maison choisit son créneau comme on choisit un éclairage : la lumière du jour pour Dior, la nuit pour Saint Laurent, la fin de matinée pour d'autres qui préfèrent être vues fraîches, avant que Paris ne s'essouffle. Suivre ces défilés en livestream, depuis un canapé ou un bureau à des milliers de kilomètres de l'Avenue Montaigne, c'est désormais un rituel presque aussi codifié que celui des front rows elles-mêmes. Les plateformes des maisons, celles de la FHCM, les comptes spécialisés : tout un dispositif se met en place pour que personne, ou presque, ne rate l'instant où le rideau se lève.
Depuis le 28 septembre, Paris est redevenue, comme chaque saison, un peu plus bruyante et un peu plus belle. Six jours, et le programme est écrit noir sur blanc : reste à savoir qui, de la journée signée Dior à la nuit choisie par Saint Laurent, imposera l'image dont on parlera encore dans six mois.
Photo : © Fashion Week Daily