Milan s'offre déjà un rendez-vous qu'elle n'a pas encore eu
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L'Édito Magazine
Avant même ses finalistes, la troisième édition des IDEAT Design Awards s'offre déjà Milan comme rendez-vous.
Milan n'a pas besoin de calendrier pour être attendue. Ses cours intérieures sentent le cuir neuf, ses ateliers laissent tomber la lumière de biais sur le bois brut, ses vitrines exposent une chaise comme on exposerait un bijou. C'est dans ce décor, familier de tous ceux qui suivent le design de près, que se prépare, pour avril 2027, la troisième édition des IDEAT Design Awards.
L'annonce est tombée le 10 septembre, sans fanfare ni teaser interminable : rendez-vous au 10 Corso Como, pendant la Milan Design Week, dans ce concept store devenu en deux éditions le point de ralliement d'une cérémonie qui refuse de ressembler à une foire. Quinze catégories, de l'architecture à l'objet du quotidien, luminaire, revêtement, assise, et un trophée signé par la designeuse Wendy Andreu. Les finalistes, le jury et le détail des catégories seront dévoilés dans les prochaines semaines. Le reste, on le devine déjà : une sélection resserrée plutôt qu'un palmarès de complaisance.
Il faut regarder ce que la deuxième édition a couronné, le 20 avril dernier, pour comprendre ce que la troisième cherchera. Hannes Peer, designer de l'année, dont le studio milanais travaille l'architecture d'intérieur comme une matière. Le canapé Butter de Faye Toogood pour Tacchini, inspiré d'une plaquette de beurre, sacré canapé le plus enveloppant. Le duo 6:AM, Edoardo Pandolfo et Francesco Palù, jeunes designers de l'année, qui font souffler leurs lampes dans le verre de Murano. La bibliothèque FF.Spine de Formafantasma pour Cassina, pièce la plus intemporelle. Et, dans la catégorie de l'objet le plus audacieux, « Croûte que croûte » du Studio CoPain, des sculptures nées de recettes de boulangerie. Hermès pour la scénographie, l'hôtel Massé à Paris pour l'hôtellerie. Un palmarès qui dit tout : ici, on ne récompense pas ce qui est déjà consacré, on pointe ce qui va compter.
C'est cette fonction de vigie qui rend l'événement intéressant bien au-delà du cercle des professionnels du secteur. Une chaise qui n'existe encore que dans un showroom confidentiel, un matériau qui n'a pas encore de nom grand public, un studio scandinave ou japonais que personne, hors des initiés, ne saurait nommer : les IDEAT Design Awards travaillent le design comme un territoire d'anticipation plutôt que de commémoration. Poser cette cérémonie à Milan, entre ateliers historiques, manufactures familiales et jeunes studios qui plient le laiton du côté de Lambrate, c'est s'inscrire dans une géographie où le savoir-faire ne se raconte pas, il se touche.
Milan, pour l'occasion, redeviendra ce qu'elle sait être mieux que quiconque : une scène. Une ville où l'on croise, dans un même immeuble, un ébéniste centenaire et un designer qui imprime ses prototypes en 3D à l'étage du dessus. Les Awards s'inscrivent dans cette tradition sans jamais chercher à l'imiter : ils créent leur propre récit, à côté de la Design Week, sans jamais s'y confondre.
Aucun nom de lauréat n'a filtré, et c'est très bien ainsi. L'attente fait partie du dispositif. Ce que l'on sait tient en une phrase : le rendez-vous aura bien lieu, à Milan, en avril, pour la troisième fois. Reste à savoir qui, cette année encore, saura transformer une intuition en objet et un objet en évidence. À Milan, on prend déjà date, sans même connaître le jour.
Photo : Harri P / Unsplash