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Le cuir redevient une évidence chez Mulberry

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Pour ses débuts chez Mulberry, Christopher Kane choisit la sobriété et le cuir plutôt que l'éclat.

Le cuir redevient une évidence chez Mulberry

À Londres, la file d'attente s'étirait devant les portes bien avant l'heure annoncée. La presse anglo-saxonne n'a pas mis de gants pour le dire : ce défilé était le « hottest ticket » de la Fashion Week. Pas pour une provocation, ni pour un coup d'éclat scénographique, mais pour un nom, Christopher Kane, qui prenait ce jour-là la direction artistique de Mulberry et présentait sa première collection pour la maison britannique.

On aurait pu attendre une rupture. Kane a une réputation : celle d'un créateur qui aime tordre les silhouettes, jouer avec l'inconfort, faire de la transgression une grammaire. Rien de tout cela ici. Le choix, au contraire, a été celui du retour : un retour aux fondamentaux de la maison, cuir en tête, coupes épurées, quelques touches vintage glissées comme des clins d'œil discrets à l'histoire de Mulberry plutôt qu'à la sienne.

C'est peut-être ce qui a le plus surpris. Un créateur connu pour son goût du décalage a choisi la sobriété comme premier geste. Le cuir, matière fondatrice de la maison depuis ses débuts dans le Somerset, retrouve une centralité qu'il avait parfois perdue sous d'autres directions artistiques, diluée dans des collaborations et des lignes plus décoratives. Les silhouettes, elles, ont gardé une économie de mouvement : peu d'ornements, des volumes qui tiennent sur la coupe plutôt que sur l'accessoire, une sorte de retenue british qui ressemble presque à une déclaration d'intention.

Reste que ce défilé n'est pas encore un produit. Les pièces n'ont pas rejoint les boutiques, la presse mode généraliste n'a pas encore décortiqué chaque look image par image. Ce que l'on peut lire, pour l'instant, tient davantage de la stratégie que du vestiaire : Mulberry semble vouloir se recentrer sur ce qui a fait sa légitimité : un savoir-faire du cuir anglais, une identité moins tapageuse que ses voisines de luxe, une forme d'élégance qui ne cherche pas à crier son prix. Confier cette reconstruction à Kane, c'est aussi parier sur un créateur capable de rendre désirable ce qui pourrait sembler simplement raisonnable.

Le pari a quelque chose d'audacieux, dans un marché du luxe où l'excès visuel fait souvent office de stratégie marketing. Ici, la maison choisit l'inverse : miser sur la matière plutôt que sur le motif, sur la coupe plutôt que sur le logo. Une manière de dire, sans le dire frontalement, que le luxe n'a peut-être plus besoin de se justifier par l'accumulation.

Il faudra du temps avant de savoir si le pari fonctionne, avant que les sacs ne passent des podiums aux vitrines, avant que les chiffres de vente ne confirment ou non l'intuition. Pour l'instant, il ne reste qu'une image : celle d'un cuir tendu, sans fioriture, qui semble se souvenir de ce qu'il était avant qu'on ne lui demande d'être autre chose.

Photo : © Iker Aldama

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