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L'Espadon souffle ses trois bougies à quatre mains

ENVIES

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Deux cheffes étoilées, un même passe : l'Espadon célèbre ses trois ans en duo inédit.

L'Espadon souffle ses trois bougies à quatre mains

Sur la photo, les deux vestes blanches se répondent avant même qu'on ait lu les noms brodés dessus. « Anne-Sophie Pic » d'un côté, discret, en fil doré ; la couronne du Ritz et la signature d'Eugénie Béziat de l'autre. Entre les deux femmes, une table ronde nappée de blanc, deux verres d'eau qui n'ont pas encore été touchés, une paire de lunettes posée à plat comme on abandonne un dossier qu'on connaît par cœur. Les fauteuils sont bleu nuit, capitonnés, le genre de bleu qu'on ne trouve que dans les palaces qui n'ont jamais eu besoin de se moderniser pour rester désirables. La lumière qui tombe des hautes fenêtres a quelque chose d'un matin de répétition, avant le service, avant le bruit, quand tout se joue encore à voix basse.

Ce moment suspendu a une date : le 23 octobre. Ce jour-là, l'Espadon, le restaurant du Ritz Paris, célèbre ses trois ans, et Eugénie Béziat, qui en dirige la cuisine, invite Anne-Sophie Pic à s'y installer pour un dîner événement. Deux cheffes étoilées, deux trajectoires qui ne se croisent jamais tout à fait dans le quotidien parisien, réunies pour une soirée dont on sait déjà qu'elle se racontera longtemps après qu'elle aura eu lieu.

On connaît peu de détails, et c'est bien ce qui rend la promesse excitante : pas de menu dévoilé, pas de photo volée de la mise en place, seulement une date, deux noms, et l'assurance que la cuisine de l'Espadon, celle-là même qui, sous les dorures de la Place Vendôme, a su en trois ans se faire une place parmi les tables les plus regardées de Paris, s'apprête à recevoir une autre écriture que la sienne. Anne-Sophie Pic, figure singulière de la gastronomie française, transporte avec elle une sensibilité aux herbes, aux amers, aux textures presque florales, qui promet de composer un contrepoint intéressant à la rigueur classique et maîtrisée qu'on associe généralement au Ritz.

Reste à savoir ce que deux mains si différemment formées choisiront de faire ensemble d'un même passe. Un dîner à quatre mains n'est jamais simplement l'addition de deux cartes : c'est un dialogue sous tension, où chacune doit accepter de laisser un peu de son territoire à l'autre sans jamais renoncer à sa propre voix. C'est aussi, pour les habitués du lieu, une occasion rare d'observer deux régimes de cuisine se répondre en direct, plat après plat, sans filet.

Il faudra réserver tôt (les dîners d'anniversaire du Ritz ne courent jamais très longtemps sur l'agenda des tables parisiennes les plus courues) et arriver avec l'idée qu'on assiste moins à un repas qu'à une conversation. Le genre de soirée qu'on raconte ensuite en dînant ailleurs, avec cette petite fierté tranquille de ceux qui avaient noté la date avant qu'elle ne devienne, pour tout le monde, une évidence.

Photo : © Lucie Mathe

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