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Dolce & Gabbana : la Sicile rejouée sans mode d'emploi

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Un corset baroque posé sur un jean brut.

Dolce & Gabbana : la Sicile rejouée sans mode d'emploi

Un corset baroque posé sur un jean brut. Une mantille noire nouée sur un blazer masculin trop grand. Une robe de communiante réinventée en total look de soirée, portée avec des gants d'opéra et des baskets. À Milan, pour le Spring 2027, Domenico Dolce et Stefano Gabbana ont fait défiler un vestiaire qui refuse obstinément de choisir un camp, et c'est là que se joue toute la proposition de la saison.

Depuis plus de trente ans, la Maison construit son mythe autour d'une Sicile fantasmée : les processions religieuses, les veuves siciliennes en noir, les fruits peints sur soie, les broderies dorées qui rappellent les mosaïques byzantines de Palerme. Cette collection ne renie rien de cet héritage. Elle le fait exploser en mille combinaisons possibles, comme si les archives de la Maison avaient été jetées en l'air et rattrapées au hasard, avec un soin extrême dans le hasard lui même. Une jupe crayon en dentelle Chantilly cohabite avec un blouson de moto matelassé. Un tailleur strict en laine froide se réchauffe d'un foulard imprimé citronnier, noué façon bandana de rappeur. Le message tient en une phrase que Domenico Dolce a portée toute sa carrière comme un manifeste : on ne s'excuse pas de porter deux mondes à la fois.

Sur le podium, le mix and match n'a rien d'improvisé. C'est un exercice de style qui suppose une mémoire encyclopédique de la propre histoire de la Maison, capable de faire dialoguer une pièce de 1995 avec une silhouette pensée pour 2027 sans que la couture ne trébuche. Les artisans de l'atelier milanais parlent d'un travail de superposition presque architectural, où chaque couche doit tenir seule et fonctionner ensemble. La broderie, encore une fois centrale, se fait plus dense sur les corsages, plus discrète sur les pantalons, comme pour laisser respirer l'œil au milieu de tant de motifs. Le duo revendique une liberté de choix totale, celle qui permet à une cliente de porter du sacré et du profane dans la même tenue, sans hiérarchie entre les deux.

Quelque chose de théâtral, presque d'opératique, se joue dans la façon dont les silhouettes s'enchaînent : chacune raconte un fragment différent de l'imaginaire sicilien, une scène isolée d'un même grand récit choral. On pense aux processions de la Semaine Sainte à Trapani, à la ferveur populaire mêlée au faste, à cette idée très italienne que le sacré et le kitsch peuvent se toucher sans se contredire. Dolce & Gabbana ne cherche pas la sobriété, jamais elle ne l'a cherchée, et cette saison assume l'excès comme une langue à part entière.

Ce qui se joue ici dépasse la simple collection. C'est une déclaration sur la manière dont une garde-robe peut aujourd'hui se construire par fragments assumés plutôt que par uniformité. Reste à voir comment les images, une fois relayées en masse sur les réseaux, digéreront cette profusion. Pour l'instant, elle appartient encore à ceux qui étaient dans la salle, où l'odeur du cuir se mêlait à celle de l'encens.

Photo : © The Impression

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