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Ce que les années soixante-dix murmurent encore à nos intérieurs

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Entre travertin et bouclé, les seventies reviennent habiter nos intérieurs sans jamais céder à la nostalgie.

Ce que les années soixante-dix murmurent encore à nos intérieurs

Une lampe champignon en verre opalin pose sa lumière laiteuse sur un canapé bas, tout en courbes, recouvert d'un velours côtelé couleur rouille. La photographie pourrait dater de 1974, quelque part entre Milan et un loft new-yorkais. Elle a pourtant été prise le mois dernier, dans un appartement parisien rénové sans la moindre intention rétro affichée. Quelque chose se joue, silencieusement, dans la manière dont on habite les pièces en ce moment : les années soixante-dix ressurgissent, non pas comme un pastiche nostalgique mais comme un vocabulaire qu'on redécouvre, geste après geste.

Le premier code, c'est la pierre. Le travertin, ce calcaire poreux aux veinures beige et miel qu'on associait aux villas romaines et aux clubs de golf californiens, s'invite désormais sur des consoles, des têtes de lit, des plans de travail. Sa matité rassure là où le marbre veiné éblouit trop. On lui pardonne ses imperfections, ses petites alvéoles naturelles, parce qu'elles racontent une matière vivante plutôt qu'un placage industriel.

Le deuxième, c'est le bouclé. Cette laine texturée, dense, presque animale au toucher, habillait déjà les fauteuils Pierre Paulin et les chaises Milo Baughman. Elle revient sur des assises basses aux formes arrondies, souvent dans des teintes crème, camel ou terracotta, comme si le mobilier voulait qu'on le caresse avant même de s'y asseoir.

Troisième signe : l'arche. Cette découpe courbe dans un mur, une bibliothèque, une tête de lit, rompt la tyrannie de l'angle droit qui a dominé la décoration minimaliste pendant une décennie. On la retrouve peinte en terracotta ou en vert sauge, souvent seule, comme une respiration dans une pièce autrement sobre.

Le quatrième code est plus discret, presque un détail : le verre fumé et le laiton brossé, associés dans des luminaires, des poignées, des plateaux de table basse. Cette combinaison, longtemps jugée trop chargée, trop "seventies" au sens péjoratif, retrouve une légitimité dès lors qu'elle est dosée avec parcimonie, sur une seule pièce plutôt que sur l'ensemble d'un intérieur.

Pourquoi maintenant. Après des années de blanc cassé, de béton ciré et de lignes rigoureuses, les intérieurs cherchent une chaleur qu'ils avaient sacrifiée à la photogénie. Le bouclé et le travertin apportent une texture que le minimalisme scandinave ou le style muji, dans leurs versions les plus froides, avaient fini par effacer. S'ajoute aussi une dimension plus pragmatique : ces matériaux (pierre naturelle, laine, laiton massif) vieillissent bien, se patinent au lieu de s'abîmer, à contre-courant d'un mobilier jetable qu'on commence à questionner sérieusement.

Ce retour n'a rien d'un simple revival esthétique calqué sur les décennies précédentes. Il ressemble davantage à une sélection instinctive, celle qui garde d'une époque ce qu'elle avait de sensuel et de tactile, en laissant de côté le kitsch et l'excès chromatique. Les seventies, débarrassées de leurs orange criards et de leurs motifs psychédéliques, deviennent une palette de gestes plus qu'un décor complet.

Reste à savoir combien de temps ce vocabulaire tiendra avant de se diluer sur les murs Pinterest et les comptes déco qui transforment toute tendance naissante en uniforme. Pour l'instant, il se murmure encore dans quelques appartements bien choisis, où la lumière tombe sur une matière qu'on a envie de toucher avant de la photographier.

Photo : Caroline Badran / Unsplash

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