À Faverolles, deux fauteuils suffisent à faire un forum
MODE
L'Édito Magazine
Deux fauteuils, quelques fleurs : la mode s'y raconte en conversation plutôt qu'en spectacle.
Deux fauteuils en bois clair, une table basse où s'ouvre un bouquet d'hortensias fanés et d'anthurium rose pâle, et entre les deux hommes, cette distance calculée qui est celle des plateaux de télévision autant que des salons littéraires. D'un côté, une silhouette entièrement vêtue de noir, crâne rasé, jambes croisées avec l'aisance de qui a vu défiler les décennies de la mode française sans jamais quitter son fauteuil d'observateur. De l'autre, un homme plus jeune, barbe taillée, micro à la main, le buste penché en avant, la main ouverte comme pour saisir une idée qui vient tout juste de lui échapper. Entre eux, une bannière sobre annonce ce que la scène ne dit pas encore : les Rencontres de Faverolles, nouveau Forum de la mode organisé par l'Institut Français de la Mode Alumni.
Ce jour-là, c'est Mike Amiri qui occupe le fauteuil de droite, celui du créateur invité. Face à lui, Pascal Morand, figure tutélaire des institutions de la mode française, mène l'échange avec cette patience un peu ironique de ceux qui ont appris à faire parler les créateurs sans jamais les flatter. Le designer américain, dont le nom s'est imposé outre-Atlantique en tissant ensemble le denim frappé de la Californie et une certaine rigueur de coupe qui doit beaucoup à Paris, vient ici raconter autre chose que des collections. Il vient parler de méthode, de regard, de la manière dont une esthétique née loin des ateliers français a fini par y trouver un dialogue.
Le Forum de la mode n'a pas vocation à multiplier les strapontins et les selfies de front row. Sa raison d'être tient dans cette proximité presque domestique (un canapé, deux chaises, des fleurs coupées) qui transforme l'entretien en conversation véritable. Loin des podiums et de leurs éclairages chirurgicaux, la parole se fait plus lente, parfois hésitante, et c'est dans ces hésitations mêmes que se loge ce que les défilés ne montrent jamais : les doutes d'un créateur face à un système qu'il ne maîtrise pas entièrement, les questions qu'un économiste de la mode pose sans détour sur l'avenir d'un vestiaire né dans un garage de Los Angeles et aujourd'hui scruté par les maisons historiques.
On devine, à la gestuelle d'Amiri, qu'il cherche ses mots en anglais autant qu'en français d'esprit, cette manière très américaine de désigner les choses avec les mains avant de les nommer. Morand, en retrait, laisse le silence faire son travail. Le public, invisible sur cette scène épurée, n'est là que pour écouter deux générations de la mode s'expliquer l'une à l'autre sans passer par un communiqué de presse.
Il restera de cet après-midi à Faverolles peu d'images, sans doute, et beaucoup moins de mots que n'en contiennent les collections elles-mêmes. Mais dans cette économie de gestes, dans cette lumière presque domestique, se joue une idée simple : la mode, avant d'être un spectacle, reste une conversation entre gens qui ne sont pas toujours d'accord sur ce qu'elle doit devenir.
Photo : © WWD